L’Artiste

Christian Miquel le singulier

 

Entre chamanisme amérindien et ambiance à la Jules Verne, Christian Miquel réalise des sculptures qui n’ont d’autre but que de faire voyager.
 

Il récupère de tout. Capsules de bière, vieux transistors, ossements d’animaux, clous antédiluviens, harnachements patinés par le temps, morceaux de bois aux formes étranges, pièces métalliques de machines d’un autre siècle. « Je fais mon marché dans les déchèteries, chez les brocanteurs, dans la rue… », confie Christian Miquel qui reconnaît à son travail une bonne part d’aléatoire. « Il n’y a aucun dessin préalable. Tout est fonction de ce que je trouve, de l’inspiration du moment. »

Publicitaire à la retraite, il s’est mis à créer ses sculptures il y a une dizaine d’années, après avoir pratiqué un temps le dessin et la peinture. « L’envie de passer aux trois dimensions », indique encore cet autodidacte, établi à Bischheim, qui ne revendique dans ses réalisations qu’un seul objectif : « Provoquer un instant magique qui porte le regard vers de nouveaux horizons. »

D’étranges machines, des vaisseaux et des architectures qu’on dirait sortis tout droit des imaginations croisées de Jules Verne et Philippe Druillet mais aussi des masques issus de civilisations primitives improbables – « Le chamanisme est un thème qui m’intéresse beaucoup et ouvre une porte hors de notre monde rationnel. » – ont ainsi pris position chez No Smoking.

« On ne cherche pas nécessairement à enfermer Miquel dans des catégories, même si celle de l’Art singulier peut venir à l’esprit. Mais il y a dans son travail une étrangeté qui attire l’attention et qu’on ne trouve que rarement ailleurs », observe Bertrand Rhinn, responsable de la galerie strasbourgeoise.

L’air de rien, au-delà de cette prédilection mélancolique pour la rouille et le déglingué, Christian Miquel s’amuse parfois aussi à interroger notre monde. S’invite ainsi, à son théâtre fantastique, le fanatisme religieux avec son inquiétant Grand Inquisiteur ou encore les OGM sur le compte desquels il se garde bien de donner un avis définitif : sa sculpture évoque des manipulations peu encourageantes, mais une vie végétale y subsiste tout de même – « Une petite note d’optimisme… ».

Serge Hartmann (DNA)

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